Ce petit chemin.

novembre 19, 2009 par tilt66

      S’élève d’un seul côté, la frondaison multicolore de cette allée, mêlant les ors de l’automne aux verts crus de l’été. Des futs de fer rouillés, se détachent points sombres, très graphiques et dressés à mi-hauteur. Appuis des regards, ils soulignent joliment la perspective, rectifiant le désordre d’un chemin balayé par les feuilles. Leurs lits s’épandent de part et d’autre, unissant la sienne brûlée à l’émeraude du gazon. Douceur des tons et tiédeur de l’atmosphère invitent à l’épanchement : s’étendre douillettement sur cette rivière végétale et se laisser aller au gré de son courant harmonieux… Arrêter sa course… Comme une sensation d’éternité et l’omniprésence d’une grande communion alliant le végétal au minéral à l’organique, tout n’est que palpitation… L’acuité de l’instant force le présent.

      Un entrelacs de cailloux gris perle et de terre complète ce passage aménagé en pleine ville. La lumière divine, drape et cisèle l’ensemble parcellisant d’or ce qu’elle rompt. Les rayons trouent les épais feuillages, réorganisent, tranchent, disloquent telles des touches de piano, cette longue voie. La ballade se soumet alors à ces rythmes dorés et syncopés.

      Un vroum agressif retentit surplombant les murmures alentours. Le reflet noir de deux blousons de cuir, juchés sur une mobylette perce la douce pénombre veloutée.  Ils se ruent à l’assaut de la voie momentanément libre. Nullement troublé, comme un voile de drap fin étouffant le crissement des pneus, le bruissement des feuilles estompe les sons stridents et contribue à la quiétude de ces lieux. Même les poubelles offrent aux passants de larges corolles accueillantes et les papiers gras qui jonchent le sol sont comme des points colorés. Disséminés de-ci de-là, ils égayent et rehaussent l’herbe moelleuse.

      Au loin, la démarche chaloupée, s’approche un groupe d’adolescents. Un énorme sac de sport en bandoulière tambourine le buste du jeune homme. Le noir et le blanc s’affichent et tranchent avec les tons ambiants. Parvient l’écho bruyant de leur voix. Ils sont trois, le sac de sport au centre :

« Moi j’ai coupé la gazinière. J’vous l’dit, j’ai coupé la gazinière ».

Son voisin : « Moi, j’payais seulement l’gaz, la machine à laver, j’teul’dis…[…] »

En fait de jeunes, ils ont la trentaine bien agitée, l’un au maillot de corps blanc très ajusté, casquette de même couleur, a le verbe haut. Son   torse maigre, est secoué de tics nerveux…. Très pâle de peau…

      Dans l’autre sens, le pas souple, la quarantaine tranquille, il marche au centre de l’avenue. Un homme au teint bis, souriant, affable, seul. Le caddie est porté à même l’épaule, vide, léger encore. Le rouge de sa chemise flamboie, complété par un bluejean. Il semble danser, à l’aise, en plein milieu de l’allée, faisant écho aux branches légères qui le surplombent. Il s’éloigne…

      A la croisée de brassages cosmopolites, ce chemin où, curieusement, se rencontrent et se côtoient furtivement le temps d’une marche, des mondes aux cultures et générations diverses… Des parallèles qui l’espace d’une seconde se sont frôlées, senties, approchées… Via une voie. Ils se sont vus, différents aussi parfois,  unis subrepticement : à l’instant et en une même fratrie, celle des hommes, de tous….

      Il reste des chemins à édifier encore à l’encontre des autres, des peuples… Et je pense à ces explorateurs qui ont ouvert des voies, à leur manière sont allés vers les autres. Non pour les conquérir mais afin de comprendre, poser un regard ailleurs que sur leur propre culture et contribué ainsi à construire un mur contre l’intolérance ….

      Pan ! Le bruit sourd d’une masse qui frappe. La rouille, ce temps qui patinent avec charme l’endroit : « moderne » diront les uns, « nostalgique » plaideront les autres… Le roux de l’automne naissant uniformise et marque d’une manière tangible et visible, les temps différents qui s’écoulent.

      Des générations de gens passeront encore sur cet étroit et beau chemin.

Bon appétit !

novembre 11, 2009 par tilt66

                           

 

 Deux granits roses

 imposants et en pause,

deux massifs de chair,

inébranlables et associés.

             ——–

Pelotonnées, deux masses

Pas intimidées qui se tassent,

L’une contre l’autre, tout près,

Et qui semblent comploter.

                 ——–

Deux gros réglisses appétissants

S’en est presque touchant,

Se reposent côte à côte,

Immobiles : un couple en vogue ?…

                 ——–

Au centre des regards,

Quatre fesses couleur saumon flasque,

Tournent le dos aux visiteurs

Pour leur plus grand malheur !

                 ——–

Deux hippopotames ont décidé

De ne plus se baigner

Et de profiter de l’amas de denrée

Pour enfin, goulument, se rassasier.

Intermède ou interlude…

novembre 5, 2009 par tilt66

Beuz… ou… ic !

B’zouic !

Hein ?

B… Z… C

??

Ah ! Hé !?

C’est mieux

Mais ???

Hek !

……..

Help !

Dit le bruit sec

Du pivert

Auquel répondit

Le bruit sourd

Du crâne à lui

Qui tâchait

D’ouvrir

D’un coup bref

Sa boîte à

Appas

Du papa

Qui ne s’ouvrait pas

Faute de qui ?

De quoi ?

Ben… D’un ouvre- boite !

Ha la ! La !

Mise à mal,

octobre 29, 2009 par tilt66

Je pense à toi,

Même quand je ne dors… Pas.

Somnolence caressée d’un rêve fou,

Un halo de tendresse flou et doux

Qui effleure chaque geste,

Chaque objet imprégné.

Un rempart et une réalité au temps standardisé,

Aux actes mille fois répétés,

Comme un corps spolié, dépouillé,

Cette lame effilée se substitue au vrai.

Le mal est aigu, entré, pénétré…

Culture, entreprise, ton emprise

Anonyme étend son empire

Et de rire, suce et vampirise….

De fait, une sombre histoire de formatage et ratage

D’une mondialisation qui fait ravages

De tout, vous, tous sur son passage.

Coûte que coûte suppléer

Les je, toi, eux, nous, par l’idée

Subreptice d’un oasis communautaire.

Et la famille ? Estampillée, pillée

Par ce remplacé du « votre », usurpée.

L’humain est encore de trop, disséminez !

Recherchée efficacité !…

Reste le dépossédé, carcasse vidée,

 Au plus profond atteint, floué, blousé

Une machine ? Plus rien….

Simple et manichéen….

Et l’amour quand sauv’ qui peut, l’antidote,

D’un organisme usé, un psychotrope.

Tip, top,

Pas flop

La prise du temps retrouvé…

Là, une caresse,

Là, douceur d’un corps

Qui palpite encor’ !

L’être aimé est regardé…

Silence.

Campagne

octobre 26, 2009 par tilt66

 

         Les poules… et les vaches, le trou d’une haie et des yeux noirs de biche, de ruminant en fait… Impassible mais curieux comme une pie… Une grosse masse, là tapie et immobile surprend le promeneur… Une forme alanguie noire, masse sculptée au look bovin qui donne faim ! Tendre chair, pas informe et lisse, d’un noir réglisse au détour d’une futaie, le trou d’une haie. Comme sise, elle attendait cette grosse fournisseuse de lait, tellement féminine, des attraits très cachés mais si massifs qu’en un tour de plusieurs mains et énormes les mains, cinq pieds, six pouces, elle vous plaît… Et attendri sur cette chair molle que vous ne pouvez quitter des yeux, elle vous fait le coup d’une douceur imparable d’amande laiteuse : ces deux yeux fentes vertigineuses qui poussent au crime, à rester face à face, à s’observer en “bêtes curieuses”, l’une accroupie tout de noir et de blanc vêtue, l’autre en demi-flexion, la tête plongeante vers le trou béant. Paroi qui sépare deux élans de compassion que ne vient troubler le chant cacophonique de merles, d’insectes, du vent qui s’amuse des feuilles et ces deux yeux sombres qui vous mettent à genoux. Le plus étonnés des deux n’est pas celui que l’on croit, ni le moins curieux… la plus philosophe : sa majesté reine blanche et noire lentement, si, si possible ! S’ébroua, se leva. Promeneur immobile resta… Peut-être est-il encore là ?

 

Que dire

octobre 18, 2009 par tilt66

*

Que dire d’une aube tombante 

qui délimite cette rivière de feuilles

fragiles et frémissantes au vent

encombrantes d’éphémère.

*

Fines et aiguës ces vertes perles

vibrent, bruissent, déliées comme des gouttes

à peine tâches ombrées, fixées de part et d’autre

de fines branches qui s’amenuisent…

*

Ramures qui s’esquissent, légères,

serties d’un cadre que sont ces fenêtres

ouvertes sur de délicats paysages

qui de la cité, révèlent un autre visage.

*

Celui d’une nature qui persiste

et se révèle, paradoxe

jusqu’à suggérer de l’exotisme,

contré par du béton, des murs de pierres.

*

Informe, uniformisation de blocs carrés

que sont ces immeubles,

ces habitations formatées

que ne viennent égayer des parois aveugles…

*

Murs démunis de ces yeux fenêtres

où des pupilles que sont les gens

prennent place et embellissent

de brouhahas et de joyeuses paroles…

*

Mortes ces places où voitures abondent,

conserves d’humains qui s’empilent,

cités dortoirs qui comptent

des heures de travail, de trajets à la con

*

qui gaspillent l’énergie, les énergies

dilapidant les forces, les envies

usent les organismes,

les projets, tout ce qui fait la vie…

*

Et puis, ces fines branches déployées

dont la beauté des feuilles ciselées

vous rappellent à l’instant d’un présent

sublime, léger et vivant…

Sans queue ni pied

octobre 14, 2009 par tilt66

mer1

 

Hé ! Baleiniers, venez,

Souquez, larguez

Vos : « Y’en a marre, assez ! »

Et, en fins limiers, libérez

*

Goutte à goutte

Mais coûte que coûte

Sans aucun doute

Et jusqu’aux bouts,

*

Vos amertumes

Devant le manque de tunes,

Vos turpitudes

D’une vie trop rude :

« Valons plus qu’une prune ! »

*

Bâtissez, construisez,

Unis et forts pour tous…

« Hé ho !!! Vous nous entendez ? »

« Ils » s’époumonent debout ( ?).

« Hou ! Hou ! Sommes sous vous !… »

*

Et de poursuivre : « Arrêtez de pêcher,

Que puisse se reproduire

Et à nouveau foisonner,

Notre espèce, nos petits

Puis revenez nous narguer

*

Et là, nous discuterons !  »

Dit le tonton thon

En haussant le ton,

Et Tous, claquèrent alors

des nageoires pectorales très fort.

*

« Ils sont tous rassemblés,

Profitons de cet instant pour les attraper ! »

« Vous n’y pensez pas ?

dialogue il y a, pour la première fois !!!! »

*

« En quelle langue ? Et comment ?

Langue de bois ou de hareng ?

Sort du rang toi ! Là devant ! »

Tous se regardèrent, vu que c’était un banc !

*

Fretins devant, aucun derrière,

Un banc unis : pas de classes différenciées !

Compter dessus il ne fallait

Pour asseoir une quelconque autorité !

*

« Désignons un chef ! »

Dit la bande d’une même voix.

« Votons à nageoire levée

Pour élire notre représentant-roi ! »

*

« Qui (dites oui !) veut

être celui-là ? »

Tous se regardèrent dans le noir des yeux

Habitués à la vie communautaire : « Comment ça ?

*

Détruire notre unité

En élevant un plus haut que l’autre 

Et qui en notre nom parlerait ?

Comment représenter notre diversité en un apôtre ? »

*

Dès la première grande réunion

Des poissons, une première question !

Là haut les pêcheurs tous en rond

Les regardaient avec commisération.

*

Eux connaissaient déjà ces difficultés

Et en sous cape riaient… Ou pleuraient !

Un requin aux dents aiguisées

Intervint alors, appâté par le gain,

*

Mais à peine s’approcha t-il

Que …Pfuit ! Les poissons s’enfuirent

Laissant là leurs velléités de pourparler

Ainsi qu’une eau toute troublée !

*

Depuis plus jamais

De dialogue entre poissons et l’humanité.

Ils s’étaient à jamais éloignés :

Aucunes synergies désormais !

*

Une petite et simple histoire

Qui se laisse boire

Accompagnée d’un bon vin

Et de frais petits oursins !

Vive la paix !

octobre 13, 2009 par tilt66

« Tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre. »
Albert Einstein (correspondance avec S. Freud)

Tous plumés ?

octobre 11, 2009 par tilt66

     Aucune plume, à la lune ne dédierais mon amertume et de crainte d’être trop acerbe, m’astreindrais-je à me taire. Silence, devant ces arrogants. Bouche cousue face à ce terrorisme sibyllin de l’autre : je domine, tu domines, il faut que l’un soit ! Unis pour une et mille idées de moi ! Paranoïa, mégalomanie,  le cortège qui suit l’exaltation de sa personne. Parler de soi n’a pas de prix !  Surtout être l’écho des médias, à la mode, in !

    Le vécu d’un simple quidam devient l’histoire extraordinaire, à peu de moyens être au devant de la scène, et l’histoire vraie, celle qui témoigne d’un vécu, d’un passé s’efface…  Devant l’aura du moi, avec pour compagne de ce dernier la flatterie de l’égo.

    Ainsi chouchoutés, dorlotés en oublierait-on les sujets qui fâchent ou préoccupent ? Et de favoriser l’individualisme outrancier pour surpasser la réalité, le recul sur celle-ci, afin de se concentrer sur soi, rien que soi,  en oublier l’autre, les choses à mener ensemble encore, pour un monde meilleur, loin des pleurs : une hérésie d’un rêve cramoisi ????

Exquis

octobre 8, 2009 par tilt66

iceberg

Exquise banquise

qui s’éguise et s’effile

lentement, sûrement,

plus vite encore

que son temps,

comme une petite mort.

*

Tu t’achemines,

blanche et fine,

de plus en plus fine,

tu glisses et t’érodes…

Tiens ! Un ours blanc encor’

*

Tu tâches mine…

De rien, de plus rien

car en eau te dissémine

et noie. Tiens, un humain !

Et ces vagues qui murmurent…

*

En gestation, dessous l’eau,

un monde nouveau.