Ce petit chemin.

      S’élève d’un seul côté, la frondaison multicolore de cette allée, mêlant les ors de l’automne aux verts crus de l’été. Des futs de fer rouillés, se détachent points sombres, très graphiques et dressés à mi-hauteur. Appuis des regards, ils soulignent joliment la perspective, rectifiant le désordre d’un chemin balayé par les feuilles. Leurs lits s’épandent de part et d’autre, unissant la sienne brûlée à l’émeraude du gazon. Douceur des tons et tiédeur de l’atmosphère invitent à l’épanchement : s’étendre douillettement sur cette rivière végétale et se laisser aller au gré de son courant harmonieux… Arrêter sa course… Comme une sensation d’éternité et l’omniprésence d’une grande communion alliant le végétal au minéral à l’organique, tout n’est que palpitation… L’acuité de l’instant force le présent.

      Un entrelacs de cailloux gris perle et de terre complète ce passage aménagé en pleine ville. La lumière divine, drape et cisèle l’ensemble parcellisant d’or ce qu’elle rompt. Les rayons trouent les épais feuillages, réorganisent, tranchent, disloquent telles des touches de piano, cette longue voie. La ballade se soumet alors à ces rythmes dorés et syncopés.

      Un vroum agressif retentit surplombant les murmures alentours. Le reflet noir de deux blousons de cuir, juchés sur une mobylette perce la douce pénombre veloutée.  Ils se ruent à l’assaut de la voie momentanément libre. Nullement troublé, comme un voile de drap fin étouffant le crissement des pneus, le bruissement des feuilles estompe les sons stridents et contribue à la quiétude de ces lieux. Même les poubelles offrent aux passants de larges corolles accueillantes et les papiers gras qui jonchent le sol sont comme des points colorés. Disséminés de-ci de-là, ils égayent et rehaussent l’herbe moelleuse.

      Au loin, la démarche chaloupée, s’approche un groupe d’adolescents. Un énorme sac de sport en bandoulière tambourine le buste du jeune homme. Le noir et le blanc s’affichent et tranchent avec les tons ambiants. Parvient l’écho bruyant de leur voix. Ils sont trois, le sac de sport au centre :

« Moi j’ai coupé la gazinière. J’vous l’dit, j’ai coupé la gazinière ».

Son voisin : « Moi, j’payais seulement l’gaz, la machine à laver, j’teul’dis…[…] »

En fait de jeunes, ils ont la trentaine bien agitée, l’un au maillot de corps blanc très ajusté, casquette de même couleur, a le verbe haut. Son   torse maigre, est secoué de tics nerveux…. Très pâle de peau…

      Dans l’autre sens, le pas souple, la quarantaine tranquille, il marche au centre de l’avenue. Un homme au teint bis, souriant, affable, seul. Le caddie est porté à même l’épaule, vide, léger encore. Le rouge de sa chemise flamboie, complété par un bluejean. Il semble danser, à l’aise, en plein milieu de l’allée, faisant écho aux branches légères qui le surplombent. Il s’éloigne…

      A la croisée de brassages cosmopolites, ce chemin où, curieusement, se rencontrent et se côtoient furtivement le temps d’une marche, des mondes aux cultures et générations diverses… Des parallèles qui l’espace d’une seconde se sont frôlées, senties, approchées… Via une voie. Ils se sont vus, différents aussi parfois,  unis subrepticement : à l’instant et en une même fratrie, celle des hommes, de tous….

      Il reste des chemins à édifier encore à l’encontre des autres, des peuples… Et je pense à ces explorateurs qui ont ouvert des voies, à leur manière sont allés vers les autres. Non pour les conquérir mais afin de comprendre, poser un regard ailleurs que sur leur propre culture et contribué ainsi à construire un mur contre l’intolérance ….

      Pan ! Le bruit sourd d’une masse qui frappe. La rouille, ce temps qui patinent avec charme l’endroit : « moderne » diront les uns, « nostalgique » plaideront les autres… Le roux de l’automne naissant uniformise et marque d’une manière tangible et visible, les temps différents qui s’écoulent.

      Des générations de gens passeront encore sur cet étroit et beau chemin.

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25 Réponses to “Ce petit chemin.”

  1. Cédille2956 Says:

    Bonsoir Tilt,

    Je l’entends cette plume qui gratte le papier pour nous donner à partager un excellent texte ! Belle écriture et sens de l’observation. J’ai même réussi à me l’imaginer ton « chemin balayé par les feuilles » et à tendre l’oreille pour suivre (sans en avoir l’air bien entendu !) la conversation des ados aux sacs de sports !

    Belle page, vraiment !… Oups, c’est l’heure du repas et rien n’est prêt ! bonsoir !

  2. orroz Says:

    Héhééééééééé, on passe du rythme de la poésie saccadée à la prose émotionnelle. Que de choses encore à découvrir ?.
    B et B

  3. moustic581 Says:

    Joli texte , j’attends la suite .. Bises A++

  4. kliklak Says:

    oh…comme j’aime…ces mots que tu poses sur une déambulation de l’instant…des instants…j’aime cet état de sensibilité indispensable pour percevoir toutes ces sensations…merci pour le partage…j’ai voyagé avec toi..bizbizou

  5. mediadisc Says:

    Tu décrit les événements avec poésie. Tu as vraiment un style! On se laisse facilement transporter par cette écriture « musicale »! Par exemple: « Appuis des regards, ils soulignent joliment la perspective, rectifiant le désordre d’un chemin balayé par les feuilles. » Très jolie! Bravo Londe, continue comme cela!

  6. fanfanchatblanc Says:

    Bonjour Londe,
    Un régal que de te lire.. Tu as fait de ce chemin un « petit chemin qui sent la noisette ».. décrit avec précision et légèreté à la fois, animé par les promeneurs qui l’empruntent et par le jeu de lumière tu lui as donné du rythme et vie en décrivant avec subtilité les différents personnages qui le jalonnent enfin les couleurs sont là également.. De la belle écriture ma belle. Je te bizoute grave

  7. Elena800 Says:

    L’émotion est au rendez-vous ! Les explorateurs ne sont pas comme le commun des mortels et les conflicts de génération ou d’incompréhension ne sont pas finis malheureusement ! J’aime ton texte qui ne ressemble pas aux autres, beaucoup plus tendre ! Bisous

  8. bmb-63 Says:

    un chemin à explorer … à plus

  9. Elena800 Says:

    Bonjour, merci pour ton passage ! Je viens me détendre dans ton chemin. Bisous et bon week-end !

  10. Mesenga Says:

    Surperbe balade cosmopolite et automnale un ravissement !
    On dirait bie ce promener sur ton petit chemin !
    Bises
    Passe un bon week-end !

  11. ysengrin45 Says:

    Bonsoir londe. Et merci de cette ballade sur ce chemin. On y est avec toi, et c’est une qualité d’écriture… Amitiés.

  12. mocekx Says:

    ballade, rencontre et nature font un cocktail littéraire qui nous enchante bises

  13. Annick Says:

    Le film d’une promenade automnale « texté » ! J’ai vu les images défilaient à travers ce texte … les couleurs, les rayons du soleil , les rencontres, les bruits ! Tout est dit ! Je t’ai suivi …. C’est si bien dit ! Bravo ! Bisoux

  14. rainbow Says:

    Je plains ce petit chemin dérangé par toutes ces images syncopées…. mais c’est « londesque », étrange, cascadé, doux, sauvage, technique, étonnant et …détonant. Je ne peux pas écrire ainsi. Bises

  15. Sandisa Says:

    Une balde lente et attentive aux bruits des autres … je te suis …

  16. durdecifer Says:

    Quelle chemin, l’humain a encore beaucoup de choses à dire et à vivre !!!! bises @+
    durdecifer

  17. anto Says:

    Si je reprends des pinceaux je suis sur de pouvoir représenter ton petit chemin comme si je le voyais ,c’est la magie du verbe surtout quand il est manié de cette façon « tachiste » ,un ocre par ci,un gris par là et le tableau est brossé bonne soirée bises a++

  18. Annick Says:

    Coucou !!!!! hi hi

  19. celange33 Says:

    coucou londe bé moi j’aime bien découvrir ton talent dans la prose j’me suis balader dans tes mots j’en ai senti les odeurs j’en ai entendu les bruits lègers et agréables!!! bref j’ai aimé lol!! bonne journée bisous à+

  20. Jucalou Says:

    Bien agréable petite promenade sur ce charmant chemin de campagne !
    Amitiés

  21. greg Says:

    Salut Londe,magnifique texte,je me suis balladé,ça m’a fait penser à la chanson de Jean Sablon et de Mireille!passe une bonne fin d’aprem,bisous a+

  22. Elena800 Says:

    Bonjour, je passe dans ton petit chemin pour me ressourcer et je retourne dans mon coin pluvieux ! Bisous

  23. Pâquerette Says:

    MEUH … meuh… J’avoue avoir du mal à « rêver » en ville mais tu m’y a aidé. MEUHrci… (-;
    Bises muflesques…

  24. orroz Says:

    Il est un temps après la compassion, pour chacun, de vivre sa vie. Les chemins sont à tous, mais la quiétude est à chacun !!!

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